Jean-Bertrand Sire



Sire naît en 1926 à Aspet (Haute Garonne) et aime à rappeler son appartenance à la terre gasconne. Il fait ses humanités à Toulouse puis « monte » à Paris en 1946 où il entre dans la petite académie de Fernand Léger.

Sa première exposition a eu lieu à la galerie Jeanne Bucher à Paris en 1947. Il exposera régulièrement à Auxerre mais aussi à Paris, Oslo, Chicago, Le Caire, Bratislava. En 1979, le musée d’Auxerre lui consacre sa première rétrospective.

Une nouvelle rétrospective (Une vie de peintre) s'est déroullée  l’été 2013 à Auxerre en l’abbaye Saint Germain.

Auxerre 2013

Une vie de peintre, une vie à faire frémir un regard, une vie à contempler, une vie à lever les yeux sur la beauté... Des Fenêtres, des Villes, des Orchestres, des Auto-portraits et aussi, encore et toujours, la Femme, dans sa majesté, magnifique et colorée, ronde, aimante et parfois luxurieuse... Toute une vie de peintre, toute une oeuvre de peintre auxquelles la ville d'Auxerre a rendu hommage l'été 2013 lors d'une rétrospective dans l'Abbaye Saint-Germain...

Chronologie thématique

  

De 1947 à 1969

 C’est chez Fernand Léger que Sire acquiert, de 1946 à 1948, son métier de peintre, forte influence dont il mettra plusieurs années à se détacher - soit par l’abstraction soit  par la recherche de techniques de superposition de glacis inspirées du Titien ou du Tintoret – avant de trouver sa voie et son style propre. Dès lors il travaillera par thèmes en cycles plus ou moins longs.

  C’est probablement après avoir vu les films d’Eisenstein et les immenses cortèges sur des étendues glacées ( Ivan le terrible, Alexandre Nevski ) puis un peu plus tard après un voyage en Grèce en 1960 - les Panathénées - et à Venise  les processions de Gentile Bellini, qu’apparaît son premier  thème les « Cortèges » De là est né son attrait à venir pour les accumulations, qu’elles soient statiques ou mouvantes.

 Très vite il s’intéresse à « l’orchestre » qui deviendra un thème récurrent dans son œuvre. Dans sa formation même l’orchestre est une accumulation qui, dans un jeu d’interaction des couleurs, est animée de rythmes différents selon l’œuvre exécutée. Sa première toile d’orchestre  « le Concertgebaw » est datée de 1961. Il travaille entre autre en 1964 au cycle du « Messie »  d’après l’oratorio de Haendel.

  En 1967, sous l’influence des évènements dramatiques d’Extrème-Orient, ses cortèges, jusque là très graphiques, s’animent de violence en des foules hurlantes et  mouvements d’armées inquiétants. Il nommera ce cycle « les présages », curieuse prémonition des cortèges qu’il verra un an plus tard dans les rues de Paris.

 En 1968 apparaissent les « Villes » également traitées comme des accumulations. Villes imaginaires, médinas rêvées, souvenirs de voyages ou « souvenir d’un ailleurs » fantasmé .

  

 

 De  1970 à 1983

  En 1970 « le rivage des Syrthes » de julien Gracq lui inspire le cycle des  « Rivages » toiles abstraites, monochromes, vastes étendues vides  jusqu’à n’être plus que quelques reliefs sur la toile blanche. Peu à peu vont apparaître à nouveau de grandes figures monolithiques,  nus de dos, qui vont évoluer vers une minéralisation des corps.

 En 1976 le thème des «  Fenêtres » marque une rupture. La première a pour titre « le mystère de la fenêtre » et c’est bien là ce qui fascinait le peintre, ces formes simples, à la présence étrange, à la frontière du dehors et du dedans, dans un jeu entre représentation du réel et espace imaginaire. Inspirées au départ par les fenêtres belges et leurs "postures" photographiées par son ami Jean Clerc, ce cycle des fenêtres constitue un ensemble d’une centaine de toiles, les dernières sont datées de 1983. Il travaille d’après photographies. C'est une peinture lente, précise, minutieuse, dans une écriture hyperréaliste.

 En 1982  il abandonne l’huile et choisit de peindre à l’acrylique sur papier, cette technique lui permettant une exécution plus rapide et donc davantage de spontanéïté. A cette période le thème de l’orchestre devient prépondérant. Ses peintures d’orchestres ont toujours comme point de départ des dessins faits au cours des répétitions des musiciens, dessins à l’encre de Chine au roseau, exécutés de façon rapide d’un seul jet dans le rythme de la musique. Par goût personnel il privilégie la musique baroque et devient un habitué des répétitions chez J-Cl Malgoire, W. Christie,  Ph.Herreweghe . Il consacre également un cycle important au « Dies solis » de Maurice Ohana et par ailleurs assiste à l’occasion à des « bœufs » ( jazz )



De  1984 à 1991

 En 1984 débute le cycle de «  Venise » qui s’achèvera en 1986  Loin des représentations convenues ces toiles sont le fruit d’une longue imprégnation au cours d’une vingtaine de séjours.  Venise secrète avec ses brumes mouillées, ses lumières dorées ou éclatantes telles des lanternes vénitiennes ou le lent pourrissement de ses murs moisis.Ce cycle d’une centaine de toiles  se décline en 3 volets :- Les «  Plans » variations à partir du plan de Jacopo de Barbari (1500 ) - La  « cryptologie » exploration fantasmatique des fondations de la ville, lieu d’une vie souterraine et obscure dans les ténèbres humides. - les  « Traces » sorte d’empreintes qui subsisteront lorsque Venise aura disparu.

  Le thème de la femme est une constante dans sa peinture. De 1987 à 1991 le cycle des « Odalisques » regroupe un ensemble de  peintures  solaires, éclatantes de couleurs, nocturnes ou vibrantes de lumière, compositions élaborées à partir de croquis travaillés avec ses modèles vivants « dans la chaleur du modèle » ( Matisse ) œuvres témoignant d’une  grande liberté et d’ une  invention sans cesse renouvelée.

 

 

De 1991 à nos jours

 Le thème de la femme se prolongera  de diverses manière : « Vanités » (1991-1992 )« Garces de la Bible » ( 1994) « Goyescas » (2004 ) « Femmes debout » (2003 )  « Ariane » (2005 )

 1993 : Ses orchestres deviennent des « Batailles d’orchestres » toiles de grand format, puissantes, dont le dynamisme garde la force, l’énergie et la fougue véhiculées dans les dessins exécutés au cours des répétitions.

 1998-1999 : La toile de Courbet lui inspire le cycle « géographie de l’origine du monde »  comptant 110 peintures de femmes-paysages

2000 : Le thème des Vanités est repris dans un cycle de toiles austères et méditatives : les  « Miroirs crépusculaires » 

 

Depuis il n’a cessé de revenir à ces thèmes de prédilection : la musique ( en référence plus particulièrement à des œuvres précises ) le peintre et ses modèles, quelques paysages ( préférentiellement des lieux qui permettent de jouer avec l’eau ) les villes (encre de Chine et peintures ) et bien sûr comme tous les peintres des autoportraits,  de diverses manières suivant l’humeur !

 Tel un artisan au travail, depuis plus de 60 ans il peint tous les jours, dans une recherche et une remise en question constante, à l’écart des modes et des tendances, mais au contraire en référence aux grands maîtres de la peinture qu’il va regarder régulièrement au Louvre ou dans les grands musées pour se ressourcer.

 A ce jour son livre d’opus compte plus de 1900 peintures, les œuvres graphiques n’étant pas référencées ( dessins, gravures, sérigraphies, gaufrages )